SOMMAIRE

Aparté
Jeu d’expressions
Objet culte
La Heuer Carrera
Arrêt sur image
Sébastien Ogier
Il était une fois
Le Nanga Parbat
Podium
Emily Thouy, championne du monde de karaté
Vendée Globe
À bord
24 heures avec Kito de Pavant
Portrait
Un médecin en solitaire
Budget
Jean Le Cam au finish
Parcours
Le Vendée et ses pièges
Cap Horn
Souvenirs de Titouan Lamazou
Dakar
Sur les traces du Dakar
Barkley Marathon
Portfolio
Riders en Alaska et Patagonie
Grande Odyssée
Mondial de handball
Didier Dinart
Reportage
Paume: retour vers le futur
Rétro
Metsu au Sénégal
Littérature
Charles Hedrich,
Sur tous les terrains du monde
Livres
Le choix de Noël
Boss
Les New Balance, du running aux pelouses vertes
Chronique
C’est dans la tête !

ÉDITORIAL

Tous des aventuriers

Par Titouan Lamazou.

Il eût été beau que les concurrents au départ du Vendée Globe, longeant la haie d’honneur des digues du port des Sables-d’Olonne, sous le regard de la foule et des caméras, brandissent un poing ganté de noir en signe de solidarité avec ceux qui s’embarquent pour une traversée incertaine depuis le Proche-Orient et l’Afrique, et meurent par milliers aux abords de nos côtes. À leurs peurs, ceux-ci opposent le plus grand courage et s’en remettent à l’inconnu, au destin ou à Dieu, pour sauver leur peau, celle de leurs familles. Fuyant les guerres, la misère, le climat, ils sont appelés « migrants ».

Ne sont-ce pas eux les véritables aventuriers de notre temps ? Si l’on se réfère à l’étymologie du terme « aventure » – du latin populaire adventura, issu de advenire, advenir en français –, ce nom leur correspond parfaitement. De même que s’accorde à la quête des migrants la définition que donne Le Robert de l’aventure : « Ensemble d’activités, d’expériences qui comportent du risque, de la nouveauté, et auxquelles on accorde une valeur humaine. »

Où commence l’aventure ? Au départ du premier Vendée Globe en 1989, mon engagement ne répondait déjà pas in extenso à la définition du mot aventure. Ne serait-ce que parce que le défi que je m’étais lancé n’était pas nouveau. Vingt ans plus tôt, quelques marins avaient accompli ce même tour du monde sans escale ni assistance dans le Golden Globe en 1968 (Robin Knox-Johnston, Bernard Moitessier, etc.). Avant eux, Joshua Slocum avait accompli entre 1895 et 1898 le premier tour du monde à la voile en solitaire. En ce temps, déjà, ce très modeste vieux capitaine au long cours ne parlait pas d’aventure. Il se disait
simplement désireux d’accomplir un rêve. Que dire des Christophe Colomb ou Magellan qui s’élancèrent vers un monde qui n’existait en leur temps qu’en théorie ? Des Portugais qui avaient su contourner depuis des siècles l’anticyclone des Açores au retour des Indes, et dont les concurrents du Vendée Globe empruntent exactement la même route aujourd’hui ?

Le discours médiatique bâti autour du Vendée Globe élève pour un temps les jeunes concurrents de la course au rang des héros modernes. Je crois pourtant que le sentiment de vivre l’aventure, celui d’être un aventurier, est une chose intime qui exige humilité, qu’il convient de garder pour soi et qu’il devient impudique d’afficher. Je suppose que les jeunes coureurs de ce dernier Vendée Globe, mus par leurs propres rêves, connaissent le sentiment sincère de s’être lancés cette année dans une sacrée aventure. Le risque d’y laisser sa peau est réel. Pour certains, c’est une première fois.

« Vivre est très dangereux », répète à longueur de pages Riobaldo, le héros de mon romande chevet Grande Sertão: Veredas [titre français : Diadorim], de l’écrivain brésilien João Guimarães Rosa. Si l’on n’a pas la chance de croire aux fables des quelque 45 000 religions de ce bas monde, qui promettent monts et merveilles au-delà du trépas, vivre est effectivement très dangereux. Car de toute façon, au bout du compte, l’histoire finit mal.

Si la vie est une aventure permanente, pour peu que l’on oppose son courage à ses peurs, que l’on s’acharne à réaliser ses rêves, au risque de décevoir, au risque d’échouer et de tout y perdre… nous sommes tous des aventuriers.

Eternel Maradona - Attitude N°1 Mai 2016