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La saison de la Paume

Une surface de jeu délimitée par des lignes blanches, séparée en deux par un filet et entourée de quatre murs. Des matchs en simple ou en double. Des jeux en quatre points et des manches en six jeux. Toute ressemblance avec un sport célébré de Wimbledon à Roland-Garros n’est pas fortuite. Au coeur du 16e arrondissement parisien, la Société sportive du jeu de paume et de racquets entretient le mythe de l’ancêtre du tennis. Et lui offre une seconde jeunesse bienvenue.

« Le jeu de paume est un sport extrêmement contemporain. » Oubliez la naphtaline et les livres d’histoire, Tim Batten annonce la couleur. Le Comité français de courte paume, qu’il préside, entend bien dépoussiérer l’image de la discipline. Dans son sillage, Matthieu Sarlangue abonde : « Les gens ont souvent un a priori négatif. Ils se disent que c’est un vieux sport alors qu’il peut être très moderne car très rapide. » Le meilleur joueur français du moment sait de quoi il parle. Avec son statut amateur, il frappe à la porte du top 10 mondial et a encore affronté les meilleurs professionnels récemment, en septembre lors de l’Open de France, puis en novembre au British Open. « Le cordage des raquettes est très tendu, jusqu’à deux fois et demie plus qu’au tennis, et la balle est pleine, beaucoup plus lourde et plus dure. Les très bons joueurs peuvent vraiment cogner très fort. »

Dans le discours des « paumiers », on retrouve souvent cette comparaison avec ce descendant encombrant qui a, depuis son invention au XIXe siècle, accaparé toute l’attention : le tennis. Le jeu de paume est en effet l’ancêtre de tous les sports de raquette que l’on connaît aujourd’hui. Inventé au Moyen Âge par des moines français, il était à l’origine pratiqué en plein air et à mains nues, ce qui lui a donné son nom. Au gré des évolutions s’y ajouteront des gants puis un battoir en bois, finalement remplacé au xvie siècle par une raquette, identique à celle utilisée de nos jours.

Entre-temps, le jeu s’est abrité dans des « tripots » et s’est considérablement popularisé sous le nom de « courte paume », passionnant le peuple comme ses souverains successifs. Devenu « jeu des rois et roi des jeux », il a régné sur l’Hexagone quasiment jusqu’à la Révolution française. À tel point qu’en 1397, le prévôt de Paris en interdit la pratique en dehors des dimanches car les joueurs désertaient leur travail pour s’y adonner, comme le relate Gil Kressmann, ancien président du club de jeu de paume de Paris. L’auteur de Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le tennis et autres jeux de balle sans jamais savoir où le trouver (Artena) raconte également que François Ier, en 1527, autorise le professionnalisme dans le sport. « On compte alors près de 250 salles de jeu de paume rien qu’à Paris et on estime à 7 000 le nombre de personnes qui en vivent en France. » Le tripot devient ainsi un lieu de compétition et de paris où des sommes considérables passent de main en main, ce qui a contribué à lui donner sa connotation actuelle.

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Texte Aurélien Blaison Photo Julien Poupart.