Project Description

L’équipée sauvage

Grande Odyssée

Le 7 janvier marque le départ de la 13e édition de la Grande Odyssée Savoie Mont-Blanc. Au programme de la course internationale de chiens de traîneau : un prologue, 10 étapes et une distance totale de 671 km pour les 14 mushers et leur attelage. Marie-Sophie Le Biez est la seule femme engagée dans cette fabuleuse épopée. Une personnalité à part dans un univers de passionnés. En pleine préparation, elle a ouvert ses portes à Attitude, juste avant les premières neiges.

« Si mes chiens sont très gentils
individuellement, il peut y avoir un
effet collectif, cette énergie folle qui se
mobilise et qui peut tout emporter. »

Les ordres claquent, nets et précis, dans le froid de plus en plus glacial qui enveloppe la vallée de la Maurienne (Savoie) en ce petit matin de début novembre. « Droite Neige ! Ta place Vegas ! Allez ! » Couvrant le ronronnement de son quad – traîneau de substitution quand la neige dense n’est plus qu’un souvenir mais déjà une espérance – et les halètements de ses chiens, Marie-Sophie Le Biez, 35 ans, est à l’entraînement, dirigeant ses ouailles, recadrant si besoin et encourageant, beaucoup. Sur les chemins mille fois parcourus de sa montagne, entre les boucles qui écorchent les 1 444 m du Crêt du Pinet d’Albiez-le-Jeune et les pistes voisines, l’attelage en a presque terminé de sa séance quotidienne.

Au coeur du madras des bouleaux jaunissants, érables orangés et des mélèzes qui abandonneront bientôt leurs épines, les 20 km du jour ont été avalés aisément, à la fraîche. « Pour que les chiens soient dans des conditions les plus proches de la haute saison », précise la musheuse. Seul un groupe de chasseurs a contribué à sortir la séance de sa routine. Ou plutôt leur chien, empruntant le rôle du lapin pris dans les phares face à l’attelage. « C’est la première fois de la saison que l’on en croise en sortie. C’est le genre de rencontre qui m’angoisse vraiment. Pas tellement en raison des armes ou des coups de feu, même si j’y pense, mais plus sur l’effet de meute, confesse celle qui va participer à sa première Grande Odyssée autour du Mont-Blanc. J’ai des amis dont les chiens ont dévoré un caniche croisé sur le bord de la route. À la fin, il ne restait que le collier… Ça peut être très compliqué de retenir dix chiens. Du coup, dans ces cas-là, surtout si c’est un petit animal, je demande aux gens de le prendre dans les bras. Mais il est parfois difficile de faire comprendre que si mes chiens sont très gentils individuellement, il peut y avoir un effet collectif, cette énergie folle qui se mobilise et qui peut tout emporter. Ces chemins, c’est leur terrain d’entraînement, ils se sentent chez eux et ils peuvent avoir envie de défendre leur territoire. »

Après un peu moins de deux heures d’exercice, l’heure du repos a sonné pour les dix chiens en pleine période de travail foncier. Le retour au bercail se fera par une des pistes empruntées un peu plus tôt puisque la rookie de la réputée course à étapes, abonnée à la troisième place des championnats de France, habite sur le même versant. « Un bonheur puisque je n’ai pas besoin de transporter les chiens et le matériel quand on part s’entraîner. » L’accueil se fait sous les jappements des recalés du jour, qui tentent de faire bonne figure en espérant la prochaine session.

De part et d’autre de l’allée menant à la petite maison se dressent les chenils où vivent les vingt canidés de l’équipe, l’Aslak Hurtig Team, plus quelques bêtes prises en pension. Au fond à droite, il y a surtout « les vieux », ceux qui ne font plus trop de compétition mais quelques sorties occasionnelles, essentiellement des huskies, « qui symbolisent bien la discipline mais dont la race est désormais moins prisée ». Au milieu, de chaque côté, c’est le coeur de la troupe, « des alaskans, croisement de chiens de chasse type braque et lévrier avec des nordiques ». Et, enfin, il y a les jeunots et les pensionnaires.

Moteur du quad coupé, les chiens, saoulés par l’effort, langues tirées, se laissent aussi facilement détacher qu’il a été compliqué de les harnacher avant le départ. « Ils sont parfois un peu tarés avant de courir, ils sautent dans tous les sens », rit Marie-Sophie en distribuant les caresses et en ramassant un matériel aux couleurs un peu passées. Les abreuvoirs en bidons découpés sont pris d’assaut, quelques crocs brillent quand l’accès est compromis et la hiérarchie non respectée. La routine… avec vue sur des montagnes majestueuses.

La suite à découvrir dans le numéro Attitude #5
Texte Antoine Bréard Photo Julien Poupart.